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Article Le miracle des lectures de Michel LOETSCHER

Publié le : 30/05/2017 14:08:25
Catégories : Presse

Les éditions du Tourneciel accueillent volontiers l'inédit - celui qui, lorsqu'il se fait passant ou passeur, frôle parfois l'absolu vertige ou fait toucher le miracle enclos en chaque instant… Lequel ? Celui, peutêtre, des lectures porteuses de feu, arrachées à la marée des dispersions et divertissements ou à la siliconisation du monde…

DES VILLES, UN TERRITOIRE

Ancien directeur des affaires culturellés de la Ville de Colmar puis directeur général adjoint des services (1993 -2008), Gabriel Braeuner se consacre depuis sa retraite à l'histoire des deux villes de sa vie : celle où il officia comme historien - archiviste, éminent spécialiste des affaires culturelles, et sa ville d'adoption, Sélestat, à laquelle il a offert « le livre qui lui manquait »…

Sélestadien d'adoption donc, porté à la présidence des Amis de la Bibliothèque humaniste, Gabriel Braeuner publie, cinq siècles après Erasme de Rotterdam, son Nouvel Éloge de Sélestat, cette cité d'Alsace centrale qui donna le jour à « tant d'hommes de qualité et de génie » ainsi que le rappelait déjà en son temps le célèbre humaniste, dans son texte paru au mois d'août 1515 sur les presses de l'imprimeur bâlois Froben.

De son propre aveu, Gabriel Braeuner livre là le nouvel éloge d'un « Strasbourgeois qui a passé l'essentiel de sa vie à Colmar avant de trouver enfin son Ithaque ». Une Ithaque qui se mure en elle même les dimanches et se refuse à l'imposture de se proclamer « capitale de Noël » quand bien même elle fut (en 1521) le berceau de son « emblème le plus illustre : le sapin de Noël »… D'ailleurs, Sélestat « possède en son histoire une autre date qui ne souffre d'aucune contestation : la présence de Charlemagne, le jour de Noël 775 » ... Il n'est pas encore empereur mais « Carolusrex qui célèbre la nativité du Seigneur dans son domaine de Selatstat, selon les annales du règne des Francs »…

Si Sélestat est pour tout le monde la vil!e de Beatus Rhenanus (1485-1547), l'historien rend justice à la figure de Jacob Wimpheling (14450-1528), l'éducateur de la Germanie qui souffre d'un « déficit de notoriété » par rapport à son illustre cadet au profit de qui il s'est comme effacé dans la mémoire collective - alors qu'Erasme (1466- 1536) l'avait fait figurer dans son Éloge de Sélestat... Mais deux villes d'histoire peuvent cacher d'autres villes essentielles, et l'historien confesse volontiers son territoire rêvé - celui d'une république des lettres aux remparts sans certitudes…

LES COULEURS D'UNE VILLE

Colmar pour toujours, magnifiée par les aquarelles de Guy Ritzenthaler - une ville éminemment nourricière où trouver le gîte et le couvert dans les mots de l'historien et les images de l'artiste, quand bien même ni la langue ni l'histoire ne s'encombrent de cadastre ou de titres : cette ville-là se dévoile comme un espace libéré où repousser les limites, vers d'autres territoires incertains où réinventer une manière de faire de l'histoire et des livres, de l'illustration et de l'édition - ou faire jouer une couleur à l'orée d'un récit, au seuil d'un possible… Assurément, Gabriel Braeuner et Guy Ritzenthaler forment un binôme complice et inspiré comme pour réunir les deux hémisphères d'un « savoir faire livre » qui porte béau ses couleurs - ou bien pour retrouver ce territoire où s'attarderait le bon temps d'une douceur de vivre en voie de perdition… En contournant les lieux communs et empruntant des chemins allègrement buissonniers, ils se sont donnés la chance, avec leur éditeur, de léver de beiles floraisons d'images qui font une vision apaisante dont la grâce fragile se toucherait et s'effeuillerait tout en se laissant nommer…

Gabriel Braeuner, La belle inconnue, nouvel éloge de Sélestat, Editions du Tourneciel, collection « L'Esprit d'un lieu », 222 p.

Colmar sur le bout des doigts, aquarelles de Guy Ritzenthaler, Editions du Tourneciel, « L'Esprit d'un lieu », 130 p.,

LA LEÇON DES LICHENS

Ancien garde forestier devenu professeur de lettres à Ribeauvillé, Gérard Freitag se fait éveilleur d'aurores par la poésie - et plus particulièrement par celle des lichens, évocateurs d'une « vie native avant l'homme » dont la renaissance perpétuelle se nourrit de si peu - une leçon de vie pour les temps de décroissance à venir… Croisant sobriété hivernale et existence minimale dans l'autre de notre monde, le poète nous rappelle des dimensions qui nous sont étrangères et nous invitent à sortir de nousmêmes - de nos « vies éteintes » :

L'absence s'élargit vers ses derniers confins

Personne n'est quelqu'un

Peut-être faudrait-il

- Lichens patients sur la pierre des nuits -

Inventer la bonté

Le verbe du poète quitte la chambre d'écriture, il sait la vie brève mais ne se connaît pas le souffle court et court les chemins, traverse les jours, se fait passerelle vers d'autres forces et d'autres lois que les nôtres - histoire de faire entendre le chant du monde résonner contre les vitres :

Toute une vie d'haleines

Sur les vitres des jours

S'y lisaient embuées

Toutes les existences

Que nous n'avions pas eue

Jusqu'au miroir tendu

Vers des lèvres ouvertes

Qui n'en troublent plus l'eau

Ainsi, ce que nous pensons être notre vie, toutes nos vies possibles, est depuis touiours détaché de toute possession : dirait-on que les lichens sont nés pour l'homme ou qu'ils appartiennent à la terre ? Ou que l'homme et les lichens seraient les deux parois inversées d'un même miroir? Et s'il suffisait qu'un seul livre, parmi les millions de livres en sommeil imprimés depuis le commencement, se lève et s'ouvre pour faire entendre une petite musique habitée qui appartiendrait à tous, en son invincible force d'aurore et d'éveil ?

Gérard Freitag , Aurores des lichens, Editions du Tourneciel, photographies d'Olivier Klencklen, éditions du Tourneciel, collection « L'Ecureuil volant », 170 p.

Michel LOETSCHER.

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